Au Salvador, un manifestant proteste contre l'exploitation minière des métaux après que le président Nayib Bukele a abrogé l'interdiction historique de cette activité dans le pays. Photo : Víctor Peña/El Faro.
En avril dernier, à Barcelone, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a réuni des dirigeant.e.s progressistes, dont le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, afin de discuter des moyens de défendre la démocratie et le multilatéralisme face à la montée de l’autoritarisme et à l’intensification des tensions géopolitiques.
Dans une récente tribune libre, Zenayda Serrano, militante salvadorienne pour la protection de l’environnement au sein de MUFRAS-32, et Mona Sabella, coordinatrice chargée de la responsabilité des entreprises au sein du Réseau-DESC, affirment que l’une des plus grandes menaces pesant sur la capacité des gouvernements à agir dans l’intérêt général est souvent occultée dans le débat : il s'agit du pouvoir des entreprises.
« Moins de 60 000 personnes — les 0,001 % les plus riches — contrôlent aujourd’hui trois fois plus de richesse que la moitié de l’humanité réunie. Il ne s’agit pas seulement d’une question d’inégalité ; c’est une question de pouvoir politique : la capacité à façonner les lois, à influencer les élections et à bloquer les réformes qui menacent les intérêts des entreprises. »
Plus d’une décennie après que les pays du Sud ont lancé les négociations en vue d’un traité des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme, le processus entre dans une phase décisive — et les enjeux n’ont jamais été aussi importants.
Selon le dernier rapport du Business & Human Rights Resource Centre, près de 800 agressions liées à l'activité des entreprises ont été recensées à l'encontre de défenseur.euse.s des droits humains dans 80 pays rien qu'en 2025. Bon nombre d'entre elles étaient liées à l'exploitation minière, à l'agroalimentaire, aux énergies fossiles et à des projets d'infrastructure à grande échelle. Les peuples autochtones représentaient 30 % des agressions recensées, alors qu'ils ne constituent que 6 % de la population mondiale.
« La question est de savoir si les gouvernements ont encore la capacité d'imposer des limites efficaces aux formes de pouvoir économique susceptibles de porter atteinte aux droits humains et à l'environnement, d'affaiblir la réglementation et d'exercer une influence plus grande que celle de nombreux États. » |